Etang du Garbet

Etang du Garbet

Nous décidons ce lundi d’aller à l’étang du Garbet, depuis Aulus. Mais il fait froid, beaucoup de brouillard, de la pluie même. Nous continuons jusqu’au bout. Par contre de la neige dans le cirque du Garbetou et beaucoup de neige vers l’approche du Garbet après les derniers ressauts. Un grand névé dans la dernière montée entre les falaises pour arriver au Garbet, nous prenons de grandes précautions car la déclivité est forte et personne n’est passé faire des traces avant nous. La montagne est sévère dans ces conditions. Au lac vraiment beaucoup de neige tout autour du cirque dans lequel le lac est posé. Avec la visibilité réduite à quelques mètres nous ne pouvons pas voir le pic des trois Comtes qui domine ce lac mais nous percevons tout de même le vibratile magnétisme qu’il nous communique. Le retour sous la pluie.


« Le brasillement de nos regards dans le pourtour et de haut en bas, sous la voûte dans l’angle du montueux, le chemin qui écorche de loin en loin le flanc verdâtre, la pâle matière qui borde les rivages de l’ibon qui se découpent irrégulièrement, ou tout du moins qui nous paraissent tels, le jour fuligineux qui a passé et au bout des essarts, un pertuis un peu en longueur tout naturellement taillé, façonné par un antique glacier pour laisser passer la lumière. De tout cela est constituée notre disposition mentale à ces temps. L’arroi de luminescence du soir est bien là, avec nous, nous accompagnant et à la fois nous incluant en lui, décor majestueux et combien incomparable à pareille heure. Sorte de lésinerie de l’entourage, du tremblé de son apparence pour la venteuse enclave. Ce sont ces sensations qui nous connaissent, telle l’hâlé de la puissante vague de mer et qui laisse dans son roulis sa saveur jusque derrière la langue, son fouet translucide bouillonnant, tel le froid de la neige qui nous parle avec sa fumée sortie de nos bouches et son évanescence immédiate, des collaborations de patine de renouvellement et de complaisances mesurées. Dans tous les cas on ne comprend pas pourquoi mais nous restons brûlants de l’intérieur quoi qu’il advienne, dans le halo du suint des brumes. De la montagne nous prenons les pentes, de la fatigue pour y faire et nous épousons les angles, les crevasses, les plis. Parmi les pierres et les grès on redessine tout un mode de manque dans des modèles de bonheur pour les rondes de miracles. Depuis que nous sommes à cette place, nos pas ont dessiné des traces et mû les poussières en petits tas et rainurages. C’est la ronde et la ronde pour notre danse tête en haut et bas, l’humidité qui tombe scelle nos traces de ronde dans la viscosité du sol – la connivence et entrevue du possible – les sucs de la terre s’entrechoquent dans la ronde du soir comme des corps qui coulissent et glissent de pure habitude et entrain connus. Dans la ronde du soir. » avril-mai 2015.

Le lac est à la couture du verrou glaciaire, demeure ouverte à l’éclairage pointu où les oiseaux ont charge de prévenir l’enchantement des insolites instants et la venue de l’orage qu’essuient des nuages étirés. Les deux versants s’opposent dans leur rectitude de failles et d’avens déjetés, renvoyant l’un l’autre la lumière comme possible, selon l’heure.

 

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